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 Conte Russe

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Béa
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Béa

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MessageSujet: Conte Russe   Conte Russe EmptyMer 21 Sep - 11:27

La plume de Finist le fier faucon

     Il était une fois un bonhomme qui avait trois filles, l'aînée et la deuxième coquettes, la benjamine modeste et bonne ménagère. Un jour, le père s'apprête à partir en ville et leur demande ce qu'elles veulent comme cadeau. L'aînée dit:
     - Achète-moi un coupon d'étoffe!
     La deuxième aussi.
     - Et toi, ma préférée, que veux-tu? - demande-t-il à sa benjamine.
     - Une plume de Finist le fier faucon.
     Il prend congé d'elles et se met en route; il achète du tissu pour deux de ses filles, mais ne trouve pas la plume de Finist le fier faucon. De retour à la maison, il remet ses emplettes aux aînées, qui en sont ravies.
     - Et toi, dit-il à la benjamine, je n'ai pas trouvé la plume que tu voulais.
     - Tant pis, répond-elle, tu auras peut-être plus de chance la prochaine fois.
     Les deux coquettes se confectionnent des robes et rient de la benjamine qui ne dit mot.
     Le père s'apprête de nouveau à partir en ville et leur demande:
     - Alors, mes filles, que voulez-vous que je vous rapporte?
     L'aînée et la deuxième réclament un fichu, la benjamine dit:
     - Achète-moi, mon père, une plume de Finist le fier faucon.
     Le père se rend à la ville, achète deux fichus mais n'a pas vu la plume. De retour à la maison, il dit:
     - Hélas, ma fille, je n'ai toujours pas la plume que tu voulais!
     - Tant pis, mon père, tu auras plus de chance la prochaine fois.
     Le père s'apprête encore à partir en ville et leur demande:
     - Dites-moi, mes filles, ce que vous voulez que je vous rapporte.
     Les deux aînées répondent:
     - Achète-nous des boucles d'oreilles.
     La benjamine répète:
     - Achète-moi une plume de Finist le fier faucon.
     Le père achète des boucles d'oreille en or, cherche avec zèle la plume, mais nul n'en a entendu parler; il rebrousse chemin, désolé. Aux portes de la ville, il rencontre un petit vieux avec une petite boîte dans les mains.
     - Qu'as-tu là, vieux?
     - Une plume de Finist le fier faucon.
     - Combien en demandes-tu?
     - Mille roubles.
     Le père paye la somme et se hâte de rentrer avec la petite boîte. Ses filles l'accueillent.
     - Eh bien, ma préférée, - dit-il à la benjamine, - j'ai enfin le cadeau; tiens, le voilà!
     La benjamine faillit sauter de joie, prit la boîte, la couvrit de baisers, la pressa sur son cour. Après souper, tout le monde s'en va dormir; la benjamine, retirée dans sa chambre, ouvre la boîte, la plume de Finist le fier faucon s'en échappe aussitôt, s'abat sur le sol et se change en un beau tsarévitch. Ils échangent des propos tendres, amoureux. Les soeurs aînées les entendent et questionnent:
     - Avec qui parles-tu, soeurette?
     - Avec moi-même! - répond la belle.
     - Ouvre donc!
     Le tsarévitch s'abat sur le sol et redevient plume; elle la remet dans sa boîte et ouvre la porte. Ses soeurs fouinent dans tous les coins - personne! Sitôt qu'elles sont ressorties, la belle ouvre la fenêtre, sort la plume et lui dit:
     - Vole, ma plume, dans les champs; prends ta liberté en attendant!" La plume se change en un faucon et s'envole.
     La nuit suivante, Finist le fier faucon revient auprès de sa belle; ils tiennent de joyeux propos. Les soeurs aînées qui les ont entendus courent prévenir leur père:
     - Papa! Notre soeur reçoit quelqu'un de nuit; il est justement là, qui cause avec elle.
     Le père se lève, se dirige vers la chambre de sa benjamine, y pénètre... Mais le tsarévitch déjà redevenu plume est dans la boîte.
     - Ah, coquines! - gronde-t-il à l'adresse de ses filles aînées. Qu'est-ce que ces calomnies? Occupez-vous plutôt de vos affaires!"
     Le lendemain, les deux soeurs ourdissent un complot: la nuit venue, elles dressent une échelle, ramassent des couteaux tranchants, des aiguilles, et en garnissent la fenêtre de la benjamine. Finist le fier faucon arrive, tente en vain d'entrer par la fenêtre et se blesse les ailes.
     - Adieu, ma belle! - dit-il. Si tu veux me retrouver, cherche-moi loin, très loin, tout au bout du monde. Tu useras trois paires de souliers de fer, casseras trois bâtons de fonte et mangeras trois pains de pierre avant de m'avoir rejoint!
     Or, la belle est endormie: elle entend bien, à travers son sommeil, ce triste discours, mais ne peut se lever. Le matin, à son réveil, elle voit sa fenêtre hérissée de couteaux et d'ai-guilles d'où goutte le sang. Elle joint les mains:
     - Mon Dieu! Ce sont mes soeurs qui ont blessé mon bien-aimé!
     Aussitôt elle quitte la maison. Elle court à la forge pour se fabriquer trois paires de souliers de fer et trois bâtons de pèlerin de fonte, s'approvisionne de trois pains de pierre et part à la recherche de Finist le fier faucon.
     Elle marche, marche, use une paire de souliers, casse un bâton, mange un pain de pierre; parvenue à une chaumine, elle frappe à la porte:
     - Patron, patronne! Hébergez-moi pour la nuit.
     Une vieille lui répond:
     - Sois la bienvenue, ma belle! Où vas-tu, mignonne?
     - Hélas, grand-mère! Je cherche Finist le fier faucon.
     - Ah, ma belle, tu auras du chemin à faire!
     Le lendemain matin, la vieille dit:
     - Va maintenant chez ma deuxième soeur, elle est de bon conseil; et voici ce que je te donne: un banc d'argent, un rouet d'or qui changera en fil d'or la filasse.
     Puis elle prend une pelote, la fait rouler sur le chemin et dit à la belle de la suivre. La jeune fille remercie et s'en va derrière la pelote.
     Au bout d'un certain temps, elle use la deuxième paire de souliers, casse le deuxième bâton, mange le deuxième pain de pierre; enfin, la pelote parvient à une chaumine. La jeune fille frappe à la porte:
     - Braves gens! Hébergez une pauvre fille pour la nuit.
     - Sois la bienvenue! - répond une vieille. - Où vas-tu, ma belle?
     - Grand-mère, je cherche le Finist le fier faucon.
     - Tu auras du chemin à faire!
     Le lendemain matin, la vieille lui remet un plat d'argent, un ouf d'or, et l'envoie chez sa soeur aînée qui, elle, sait où trouver le Finist le fier faucon.
     La belle prend congé de la vieille et repart; elle marche, marche, use la troisième paire de souliers, casse le troisième bâton, mange le dernier pain, avant que la pelote ne soit parvenue à une chaumine. La jeune fille frappe à la porte en disant:
     - Braves gens! Hébergez une pauvre fille pour la nuit.
     Une vieille apparaît:
     - Entre, ma jolie! Sois la bienvenue! D'où viens-tu, où vas-tu de ce pas?
     - Grand-mère, je cherche le Finist le fier faucon.
     - Ah, c'est très, très difficile de le retrouver! Il habite maintenant telle ville où il a épousé la fille d'une boulangère.
     Le lendemain matin, la vieille dit à la belle:
     - Voilà pour toi un métier et une aiguille en or: tu n'as qu'à tenir le métier, l'aiguille brodera toute seule. Allons, bonne chance, quand tu seras chez la boulangère, engage-toi comme servante.
     Sitôt dit, sitôt fait. La belle, arrivée à la boulangerie, s'engage comme servante; elle travaille à souhait, chauffe le four, porte l'eau, fait la cuisine. Sa patronne n'a qu'à s'en louer.
     - Dieu merci, - dit-elle à sa fille. - Nous avons une domestique gentille et zélée: elle fait tout sans qu'on la commande!
     Or, la belle, ses travaux de ménage terminés, prend le banc d'argent, le rouet d'or, et commence à filer; le fil qu'elle obtient est d'or pur. Ce voyant, la fille de la boulangère s'exclame:
     - Oh, ma belle! Tu ne me vendrais pas ton joujou?
     - Pourquoi pas.
     - Combien en veux-tu?
     - Laisse-moi passer la nuit avec ton mari.
     L'autre y consent. "Bah! - songe-t-elle. - Mon mari, on peut lui donner une potion à dormir, et avec ce rouet, mère et moi, nous ferons fortune!"
     Quant à  Finist, il n'était pas à la maison; il a plané à longueur de journée dans les cieux et ne revient que sur le soir. On se met à table; la belle, en servant, ne le quitte pas des yeux; mais lui, le gars, ne la reconnaît pas. La fille de la boulangère lui verse de la poudre à dormir dans sa boisson, le fait coucher et dit à la domestique:
     - Va dans sa chambre pour chasser les mouches!
     La belle chasse les mouches et se lamente:
     - Réveille-toi, réveille-toi donc, mon Finist! C'est moi, ta belle, qui suis là; j'ai usé trois paires de souliers de fer, cassé trois bâtons de fonte, mangé trois pains de pierre en te cherchant, mon bien-aimé!
     Mais Finist dort, insensible; et la nuit se passe. Le lendemain, la belle prend son plat d'argent et y roule l'ouf d'or, qui se multiplie! La fille de la boulangère, affriandée, lui dit:
     - Vends-moi ton joujou!
     - Pourquoi pas.
     - Combien en veux-tu?
     - Laisse-moi passer la nuit de plus avec ton mari.
     - Bon, d'accord!
     Quant au Finist le fier faucon, il a encore plané à longueur de journée dans les cieux et ne revient que sur le soir. On se met à table; la belle, en servant, ne le quitte pas des yeux; mais lui, il semble ne l'avoir jamais connue. La fille de la boulangère lui verse la potion à dormir, le fait coucher et envoie la domestique chasser les mouches. Cette fois encore, elle a beau pleurer et l'appeler, il dort jusqu'au matin sans rien entendre.
     Le troisième jour, la belle a pris le métier à broder, et l'aiguille travaille toute seule, faisant un ouvrage magnifique. La fille de la boulangère, émerveillée, lui dit:
     - Vends-moi, ma belle, ton joujou!
     - Pourquoi pas.
     - Combien en veux-tu?
     - Laisse-moi passer la troisième nuit avec ton mari.
     - Bon, d'accord!
     Le soir, au retour de Finist le fier faucon, sa femme lui verse de la potion à dormir, le fait coucher et envoie la domestique auprès de lui pour chasser les mouches. La belle chasse les mouches et se lamente:
     - Réveille-toi donc, mon Finist! C'est moi, ta belle, qui suis là; j'ai cassé trois bâtons de fonte, usé trois paires de souliers de fer, mangé trois pains de pierre en te cherchant!" Mais le Finist le fier faucon dort, insensible.
     Elle pleure et l'appelle longuement; soudain, l'une de ses larmes tombe sur la joue de Finist, qui se réveille en sursaut:
     - Ah, dit-il, quelque chose m'a brûlé!
     - Finist, mon Finist le fier faucon, - lui répond la belle. - C'est moi qui suis là, j'ai cassé trois bâtons de fonte, usé trois paires de souliers de fer et mangé trois pains de pierre en te cherchant. Voici la troisième nuit que je te parle, mais toi, tu dors toujours, tu ne me réponds pas!
     Finist le fier faucon la reconnaît enfin et se sent transporté de joie. Ils décident de fuir sans tarder. Au matin, la fille de la boulangère trouve la chambre vide. Elle se plaint à sa mère qui fait atteler et se lance à leur poursuite. Elle roule, roule, passe chez les trois vieilles, mais n'arrive pas à rattraper Finist le fier faucon: il a disparu comme par enchantement!
     Les deux amoureux parviennent à la maison de la belle; Finist s'abat sur le sol et se change en plume; la belle la ramasse, la cache sur son sein et se présente à son père:
     - Oh, ma fille chérie! Je te croyais morte; où étais-tu tout ce temps?
     - En pèlerinage.
     Or, comme on est justement à la veille de la Semaine Sainte, le père et ses filles comptent aller aux matines.
     - Allons, mon enfant, dit-il à la benjamine, viens avec nous; c'est une si bonne journée.
     - Mon père, je n'ai rien à me mettre.
     - Prends nos atours, - lui proposent ses soeurs.
     - Hélas, soeurettes, ils ne sont pas à ma taille! J'aime mieux rester à la maison.
     Le père et les deux filles partis aux matines, la belle sort sa plume qui s'abat sur le sol et se change en tsarévitch. Il siffle en direction de la fenêtre, et aussitôt surgissent des vêtements, des parures, un carrosse doré. Ils s'habillent, montent en voiture et vont jusqu'à l'église. Là, ils se placent au premier rang; les gens se demandent quel est ce couple princier. A la fin de l'office, ils rentrent avant les autres; plus de carrosse, plus de vêtements, plus de parures, le tsarévitch est redevenu plume. Le père et ses deux filles reviennent.
     - Oh, soeurette! Tu as eu tort de ne pas nous accompagner à l'église, il y avait là un tsarévitch et une tsarevna de toute beauté.
     - Tant pis, mes soeurs! De vous entendre, j'imagine les avoir vus de mes yeux."
     Le lendemain, même chose; le surlendemain, au moment où le tsarévitch et la belle montent en carrosse, le père sort de l'église, il voit le carrosse s'arrêter devant sa maison et disparaître. A son retour, il interroge sa benjamine qui lui répond:
     - Me voilà obligée de tout avouer!
     Elle sort la plume, qui s'abat sur le sol et se change en tsarévitch. Là-dessus, on les marie.

J'ai assisté à leur somptueux mariage, j'ai bu du vin qui a coulé sur ma moustache sans me désaltérer. On m'a coiffé d'un bonnet pointu et l'on m'a houspillé; puis on m'a affublé d'un panier percé: "Ouste, mon gaillard, vide les lieux et qu'on ne te voie plus!"



Conte Russe Finist4

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MessageSujet: Re: Conte Russe   Conte Russe EmptyLun 14 Juil - 10:39

fe Un autre Conte Russe, très connu:

VASSILISSA, LA TRÈS BELLE.

Il était une fois un marchand. En douze ans de mariage, il n'eut qu'une fille, Vassilissa la-très-belle.
Sa femme mourut alors que la petite avait huit ans. Sentant approcher sa fin, la mère l'appela, prit une petite poupée cachée sous sa couverture et dit à Vassilissa :
- Écoute mes dernières paroles, obéis à mes der-nières volontés. Je te donne cette poupée avec ma bénédiction maternelle ; garde-la, ne la montre à personne. Si quelque mal t'advient, offre à manger à ta poupée et demande-lui conseil. Elle t'aidera dans le malheur.
La femme du marchand embrassa sa fille et mourut. Le veuf se désola comme il convient, puis
songea à se remarier. C'était un homme bon, et il ne manquait pas de prétendantes, mais il choisit une femme plus très jeune, veuve comme lui, avec deux filles de l'âge de la sienne : une bonne ménagère, s'est-il dit, et mère de famille avisée. Il l'épousa donc, mais il se trompa : sa femme n'était pas une bonne mère pour sa Vassilissa. La marâtre et ses filles étaient jalouses de la beauté de Vassilissa.
Elles la tourmentaient, l'accablaient de besogne , pour que le vent et le soleil la fas-sent noircir, que le travail la fasse dépérir.

Mais Vassilissa supportait tout sans se plaindre et devenait chaque jour plus belle, chaque jour plus blanche et rose, alors que la marâtre et ses filles qui ne bougeaient pas, ne faisaient rien de leurs dix doigts, maigrissaient de dépit et jaunissaient d'envie.
Elles ne savaient pas que sa poupée aidait Vassilissa. Sans elle, la fillette n'aurait pas pu accomplir tout ce travail. Le soir, quand tout le monde s'endormait, la jeune fille s'enfermait dans son appentis,
servait à manger à sa poupée et lui racontait ses malheurs :
- Petite poupée, mange et écoute mes peines ! Triste est la maison de mon père, la méchante marâtre veut ma perte. Dis-moi, qu'est-ce que je dois faire ?
La poupée mangeait, puis elle consolait Vassilissa, la conseillait et, au matin, faisait tout le travail à sa place. Vassilissa se repose à la fraîcheur, cueille des fleurs et, pendant ce temps, le potager est sar-clé, l'eau puisée, les choux arrosés, le feu allumé. La poupée lui indiquait même une herbe contre le bronzage. Et la jeune fille choyait sa poupée, lui gardait les meilleurs morceaux.

Vassilissa grandit et devint une fille à marier. Tous les garçon de la ville demandent la main de Vassilissa, et personne ne regarde les filles de la marâtre. Alors la marâtre se met à haïr Vassilissa encore plus fort et répond aux prétendants :
- Je ne marierai pas la fille cadette avant les aînées !
Et après le départ des garçons, elle bat Vassilissa pour se venger.

Un jour le marchand dut partir en voyage pour longtemps. La marâtre s'en alla habiter une maison à l'orée de la forêt. Dans cette forêt vivait Baba-Yaga, la vieille sor-cière. Elle ne laissait personne
approcher de sa maison et croquait les gens comme des poulets.
Pour se débarrasser de Vassilissa, sa marâtre l'en-voyait tout le temps dans la forêt - cherche ceci, apporte cela. Mais la jeune fille revenait saine et sauve, sa poupée la guidait, l'éloignait de la mai-son de Baba-Yaga.

.../...

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MessageSujet: Re: Conte Russe   Conte Russe EmptyLun 14 Juil - 10:39

.../... suite:

L'automne vint. Durant les longues soirées les filles travaillaient : l'une à faire de la dentelle, l'autre à
tricoter des bas et Vassilissa à filer le lin. La marâtre leur donna leur tâche pour la nuit et se coucha, ne laissant qu'une chandelle allumée pour les travailleuses. L'une de ses filles fit mine de moucher la
chandelle avec une pince et l'éteignit, comme sa mère lui avait ordonné.
- Quel malheur ! L'ouvrage n'est pas terminé et il n'y a pas de feu dans la maison. Il faut aller
demander du feu à Baba-Yaga ! Qui va y aller ?
- Pas moi, - dit la dentellière. - Avec mes épingles, j'y vois clair !
- Ni moi, - dit la tricoteuse. - Mes aiguilles brillent, j'y vois bien.
Et toutes les deux s'en prirent à Vassilissa :
- C'est à toi d'aller chercher du feu chez Baba-Yaga !
Et elles la poussèrent hors de la pièce. Vassilissa courut à son appentis, servit le souper à la poupée, lui dit en pleurant :
- Petite poupée, mange et écoute ma peine ! On me dit d'aller chez Baba-Yaga. Elle va me dévorer !
- Ne crains rien, - lui répondit la poupée. Prends-moi avec toi et va tranquillement où l'on t'envoie.
Tant que je suis là, rien ne peut t'arriver.
Vassilissa mit sa poupée dans sa poche, se signa et s'en alla dans la forêt obscure. Elle cheminait depuis quelque temps en tremblant quand un cavalier la dépassa : tout blanc, de blanc vêtu et monté sur un cheval blanc, harnaché de blanc. Aussitôt le ciel devint plus clair.

Elle poursuivit son chemin et vit un autre cavalier : tout rouge, vêtu de rouge et monté sur un cheval rouge, harnaché de rouge. Et le soleil se leva.
Ce n'est qu'au soir tombant que Vassilissa atteignit la clairière où vivait Baba-Yaga. La clôture de sa maison était faite d'ossements, des crânes avec des yeux ornaient cette clôture, comme montants de
portail des jambes humaines, pour loquets des bras avec des mains, et en guise de cadenas une bouche avec des dents pointues.
La pauvre jeune fille trembla comme une feuille en voyant ça, quand un cavalier arriva : tout noir, de noir vêtu et monté sur un cheval noir harnaché de noir. Aussitôt la nuit tomba et les yeux des crânes
s'allumèrent, si bien qu'on y voyait comme en plein jour. Vassilissa aurait bien voulu se sauver, mais la peur la clouait sur place.
Tout à coup il se fit grand bruit dans la forêt : les branches craquaient, les feuilles crissaient.
Et déboucha dans la clairière Baba-Yaga, vieille sor-cière. Elle voyage dans un mortier, le pousse du pilon, efface sa trace du balai. Le mortier s'arrêta devant le portail, Baba-Yaga huma l'air et s'écria:
- Ça sent la chair russe par ici ! Qui est-ce ?!
Toute tremblante, Vassilissa s'approcha en saluant bas :
- C'est moi, grand-mère. Les filles de ma marâtre m'ont envoyée chez toi, te demander du feu.
- C'est bon, je les connais, - dit Baba-Yaga. Tu vas rester ici et me servir.
Si le travail est bien fait, je te donnerai du feu, autrement, je te mangerai !
Baba-Yaga se tourna vers le portail et cria :
- Déverrouillez-vous, cadenas résistants ! Large portail, ouvre-toi !
Le portail s'ouvrit et Baba-Yaga roula dans la cour en sifflotant. Vassilissa la suivit.
Et le portail se referma.
Une fois dans la maison, Baba-Yaga s'affala sur un banc et ordonna à Vassilissa :
- Sers-moi à manger tout ce qui est au four ! Et dépêche-toi, j'ai faim !
Vassilissa se mit à la servir. Pâtés et rôtis, tartes et tourtes, jambons et soupes. Elle tira du cellier hydromel et eau-de-vie, bières et vins - de quoi boire et manger pour dix ! Baba-Yaga mangea et but le tout ; elle ne laissa pour Vassilissa qu'un quignon de pain, un peu de soupe et un bout de cochon rôti. Puis elle dit :
- Demain, après mon départ, tu balayeras la cour, nettoieras la maison, prépareras le dîner, rangeras le linge. Après ça, tu prendras dans la huche un boisseau de blé que tu vas trier grain par grain.
Et tâche que tout soit bien fait, sinon je te mange !
Elle se coucha et se mit à ronfler. Vassilissa mit devant sa poupée les restes du souper de Baba-Yaga et lui dit en pleurant :
- Petite poupée, mange et écoute ma peine ! Si je ne fais pas tout ce travail, Baba-Yaga va
me manger !
- Ne crains rien, Vassilissa, - lui répondit la poupée. - Va dormir tranquille, le matin est plus sage que le soir !
Vassilissa se leva avant l'aube, mais Baba-Yaga était déjà débout. Bientôt les yeux des crânes
s'éteignirent. Passa le cavalier blanc et le jour se leva. Baba-Yaga sortit dans la cour et siffla, aussitôt le mortier vint se ranger devant elle, avec le pilon et le balai. Le cavalier rouge passa et le soleil apparut. Baba-Yaga monta dans son équi-page et fila bon train. Elle voyage dans un mortier, le pousse du pilon, efface sa trace du balai...
Restée seule, Vassilissa fit le tour de la maison, admira la richesse et l'abondance en se demandant par quel bout commencer le travail, quand elle vit que tout était déjà fait, la poupée triait les derniers grains de blé. Vassilissa l'embrassa :
- Comment te remercier, ma poupée chérie ! Tu m'as sauvé la vie.
La poupée grimpa dans sa poche en disant :
- Tu n'as plus que le dîner à préparer. Puis repose-toi.
Au soir tombant, Vassilissa mit la table. Bientôt le cavalier noir passa et la nuit tomba. Les yeux des crânes s'étaient allumés, on entendit les branches craquer, les feuilles crisser, c'est Baba-Yaga qui
arrivait. Vassilissa sortit à sa rencontre.
- Le travail est-il fait ? - demanda Baba-Yaga.
- Vois par toi-même, grand-mère, - répondit la jeune fille.
Baba-Yaga inspecta tout, regarda partout sans trouver rien à redire. Elle grogna : « Bon, ça peut aller... » puis appela :
- Fidèles serviteurs, mes amis de cour, venez moudre mon blé !
Alors trois paires de bras ont apparu, ont emporté le grain hors de la vue. Baba-Yaga dîna et se
coucha en disant :
- Demain, en plus de tout ce que tu as fait aujourd'hui, tu vas trier un boisseau de graines de pavot. De la terre s'y est mêlée, tâche qu'il n'en reste pas trace, sinon je te mange !
Elle se mit vite à ronfler. Vassilissa servit sa pou-pée qui mangea et lui dit comme la veille :
-Va dormir tranquille, tout sera fait, Vassilissa chérie. Le matin est plus sage que le soir !
Le lendemain, Baba-Yaga partit, et Vassilissa avec sa poupée ont fait l'ouvrage en un tournemain. A son retour, Baba-Yaga inspecta tout, regarda dans tous les recoins, ne trouva rien à redire. Elle appela :
- Fidèles serviteurs, mes amis de cour, venez presser l'huile de mes graines de pavot !
Trois paires de bras ont apparu, ont emporté les graines hors de la vue. Baba-Yaga s'attabla pour dîner. Vassilissa la servait en silence et la sorcière grommela :
- Pourquoi ne dis-tu rien ? Tu es là, comme une muette !
- C'est que je n'osais pas, grand-mère ! Mais si tu le permets, je voudrais bien te demander quelque chose.
- Demande ! Mais toute question n'est pas bonne à poser. D'en savoir trop long, on vieillit trop vite !
- Je voudrais que tu m'expliques ce que j'ai vu, grand-mère. En venant chez toi, un cavalier blanc m'a croisée. Qui est-il ?
- C'est mon jour clair, - répondit Baba-Yaga.
- Après ça j'ai vu un cavalier tout rouge, qui est-ce ?
- C'est mon soleil ardent.
- Et puis j'ai vu un cavalier tout noir, qui est-ce ?
- C'est ma sombre nuit, - répondit Baba-Yaga. - Tous trois sont mes serviteurs fidèles !
Vassilissa pensait aux trois paires de bras, mais n'en souffla mot. Baba-Yaga lui dit :
- Eh bien, tu ne me poses plus de questions ?
- J'en sais bien suffisamment pour moi, grand-mère ! Tu l'as dit toi-même - à trop savoir, on vieillit vite.
- C'est bien, - approuva Baba-Yaga. - Tu interroges sur ce que tu as vu dehors, pas sur ce qui se passe dedans. J'entends laver mon linge en famille, et les trop curieux, je les mange ! Et maintenant c'est mon tour de te poser une ques-tion : comment arrives-tu à faire tout le travail que je te donne ?
- La bénédiction maternelle me vient en aide, grand-mère.
- C'est donc ça ? Eh bien, fille bénie, va-t-en, et tout de suite ! Je n'en veux pas, de bénis, chez moi !
Baba-Yaga poussa la jeune fille dehors, mais avant de refermer le portail, elle prit un crâne aux yeux ardents, le mit au bout d'un bâton qu'elle fourra dans la main de Vassilissa :
-Voilà du feu pour les filles de ta marâtre, prends-le ! Après tout, c'est pour ça qu'elles t'avaient envoyée chez moi.
Vassilissa partit en courant dans la forêt. Les yeux du crâne éclairaient son chemin et ne s'éteignirent qu'à l'aube. Elle chemina toute la journée et, vers le soir, comme elle approchait de sa mai-son, elle se dit : « Depuis le temps, elles ont sûre-ment trouvé du feu... » et voulut jeter le crâne. Mais une voix en sortit :
- Ne me jette pas, porte-moi chez ta marâtre !
Vassilissa obéit. En arrivant, elle fut bien étonnée de ne pas voir de lumière dans la maison, plus
étonnée encore de voir la marâtre et ses filles l'accueillir avec grande joie. Depuis son départ, lui dit-on, pas moyen d'avoir du feu dans la maison. Celui qu'on allume ne prend pas, celui qu'on amène de chez les voisins s'éteint.
- Le tien se gardera mieux, peut-être, - dit la marâtre.
Vassilissa apporta le crâne dans la chambre; aussitôt les yeux brûlants se fixèrent sur la marâtre et ses filles, les suivant partout. En vain tentaient-elles de fuir ou de se cacher, les yeux les poursuivaient et avant l'aube il n'en resta que cendres ; seule Vassilissa n'avait aucun mal.
Au matin, Vassilissa enterra le crâne, ferma la maison et s'en alla en ville où une vieille femme la recueillit en attendant le retour de son père. Un jour, Vassilissa dit à la vieille :
- Je m'ennuie à ne rien faire, grand-mère! Achète-moi du beau lin, je vais le filer.
La vieille lui apporta du lin et Vassilissa se mit au travail. Le fil s'étire sous ses mains, fin et solide.
Elle eut vite fini de filer, voulut se mettre à tisser, mais aucun métier n'était assez fin pour son fil.
C'est encore sa poupée qui l'aida, qui lui fabriqua un beau métier.
Vassilissa se remit à l'ouvrage et à la fin de l'hi-ver la toile était tissée, si mince, si fine qu'on aurait pu la faire passer par le chas d'une aiguille ! Au printemps on fit blanchir la toile, et Vassilissa dit à la vieille femme :
- Va au marché, grand-mère. Vends cette toile et garde l'argent.
Mais la vieille se récria :
- Tu n'y songes pas, ma fille ! Une telle marchandise je vais la porter chez le tsar.
Elle s'installa devant le palais, commença à aller et venir à côté des fenêtres.
Le tsar la remarqua et l'appela :
- Que fais-tu là, bonne vieille ? Que veux-tu ?
- Je t'apporte une denrée rare, comme Votre Majesté n'est pas près d'en voir.
Le tsar fit entrer la vieille et s'émerveilla de la toile :
- Combien en demandes-tu, bonne vieille ?
- Une toile pareille n'a pas de prix ! Nul ne peut l'acheter, le tsar seul peut la porter. Je te l'offre en
présent !
Le tsar remercia la vieille qui partit, chargée de cadeaux.
Le tsar donna la toile à ses tailleurs pour qu'ils lui en fassent des chemises.
Ces chemises, ils les coupèrent, mais pour ce qui est de les coudre rien à faire ! Ni tailleurs, ni lingères n'osaient oeuvrer une toile aussi fine. Le tsar, impatient, envoya chercher la vieille femme et dit :
- Puisque tu as su tisser la toile, tu sauras coudre mes chemises !
- Cette toile ne sort pas de mes mains. Ma fille adoptive l'a filée et tissée.
- Eh bien, elle n'a qu'à coudre mes chemises !
Quand la vieille lui rapporta l'affaire, Vassilissa sourit :
- Je me doutais bien que c'était travail pour mes mains !
Et elle se mit à coudre ; la douzaine de chemises fut prête en un rien de temps. La vieille les emporta chez le tsar et Vassilissa qui avait son idée, se baigna, se peigna, s'habilla richement et s'installa devant la fenêtre. Peu après elle vit arri-ver un envoyé du tsar qui dit à la vieille :
- Où est cette habile couturière ? Sa Majesté le tsar veut la récompenser de ses mains.
Vassilissa se rendit au palais. Et quand elle entra, quand le tsar la regarda, il en tomba amoureux sur-le-champ :
- Je ne te laisserai pas partir, ma douce beauté ! Sois ma femme !
Le tsar prit par la main Vassilissa la-très-belle, la fit asseoir à ses côtés et on célébra leurs noces sans plus tarder.

Bientôt le père de Vassilissa revint de voyage, il fut tout heureux du bonheur de sa fille et resta vivre près d'elle, la vieille femme demeura aussi avec eux. Et toute sa vie la tsarine Vassilissa porta sa poupée sur elle, dans sa poche.

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MessageSujet: Re: Conte Russe   Conte Russe EmptyMar 15 Juil - 10:57

Quel régal! ye

Tu crois que si je fais une bonne choucoutre je rencontrerai un tsar qui m'épousera Béa? ko

Voici une journée qui commence bien! zou
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Béa
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MessageSujet: Re: Conte Russe   Conte Russe EmptyMar 15 Juil - 11:30

ii ii ii
...qui ne tente rien...! Lol! ko zou zou

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