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 Contes du Japon!

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Béa
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MessageSujet: Contes du Japon!   Mer 27 Déc - 22:36

fe voici pour accueillir notre Otani, amoureuse du Japon, quelques contes que j'ai glané sur le web!

Je trouve bien sympatique de réunir les goûts différents de chacun-chacune!
cela permet toujours des découvertes!
alors, c'est parti pour le Japon!!! lw

Ce Conte date du 8ème siècle:

Une Légende de la Princesse Chûjô

Traduite et racontée par Niji Fuyuno

Il était une fois une belle fille nommée la princesse Hasé à Nara. Son père qui s'appelait Toyonari Fujiwara était un ministre. Sa mère, Murasakinomaé, était morte quand elle avait 5 ans. Elle était âgé de 7 ans, lorsque son père Toyonari s'est remarié.
Sa belle-mère, Teruhinomaé avait un beau visage, mais son coeur était pervers.
La princesse Hasé était si belle et si gentille qu'elle était aimée de tout le monde.
Sa belle-mère méchante la détestait à cause de sa grâce et de sa gentillesse. Sa belle mère lui donnait beaucoup de besognes à faire. Elle se montrait dure envers la princesse Hasé. Mais la princesse Hasé a suivi ses instructions et elle était toujours affectueuse envers sa belle-mère.
Quand la princesse Hasé eut 13 ans, le roi, maître de son père, tomba malade. Le roi lui a demandé, "La princesse Hasé, je ne peux pas dormir à cause de forts bruits d'eau. Est-ce que vous entendez le murmure de la rivière? La princesse Hasé, j'ai entendu dire que vous avez le don du poète. Composez un poème pour que le dieu de la rivière calme ses sons."
La princesse Hasé a répondu. "Oui, mon roi, je vais chanter." Elle a composé un poème à l'instant.

Ecoutez-moi, la rivière Tatsuta,
même si vous faites les vagues hautes,
endormez vos sons sagement.
Balayez les soucis du roi, s'il vous plaît!

Alors, les sons hauts de l'eau se sont apaisés nettement. Le roi était très content. Il lui a donné un bon grade, "Chûjô". Donc, à partir de ce jour, la princesse Hasé était appelée Chûjô-Himé.
Un côté, la belle-mère qui l'a su était mécontente. Elle l'a prise en haine de plus en plus. Elle nourrissait une flamme de venin contre la princesse Chûjô.
Un jour, elle a ordonné à son serviteur, "Tuez! Tuez-la! Emmenez-la dans Hibari-yama (le montagne de l'Alouette), et après, tuez-la!"
Le serviteur l'a emmenée à contrte-coeur. Il ne pouvait pas la tuer, parce qu'elle était si belle et si sympathique. Le serviteur lui a dit, "Ecoutez-moi, la princesse Chûjô. J'ai reçu l'ordre de vous tuer de votre belle-mère. Mais c'est impossible pour moi! Je ne pourrai jamais vous tuer."
Chûjô a dit, "J'ai entendu. Ce n'est pas votre faute. C'est moi, c'est ma faute sans doute. Je crains de la mettre en colère. Je vais habiter dans cette montagne, Hibari-yama, toute seule. Dites à ma belle-mère que vous m'avez tuée." Après ses paroles, elle a baissé sa tête d'un air découragé.
Le serviteur a dit, "Mais, non! Je ne peux pas vous laisser seule dans le montagne désert comme cela. Je vais rester ici et vous soigner. Moi et ma femme vous soignerons."
Puis, le serviteur a coupé des arbres, a construit une petite maison dont le toit était fait avec roseaux. Trois personnes vivaient dans Hibari-yama isolé. Les serviteurs ont coupé des arbres et ont cueilli des fleurs pour les vendre au pied du montagne. Ils ont gagné un peu d'argent pour l'élever.
"Ma pauvre princesse! Si vous étiez dans la ville, vous passeriez votre temps heureux. Votre belle-mère, Teruhinomaé est vraiment affreuse." Le serviteur et sa femme se sont regardés l'un l'autre avec les larmes aux yeux. La princesse Chûjô a dit, "Ne soyez pas tristes, s'il vous plaît. Grâce à vous, je peux exister paisiblement comme cela."
Princesse, Chûjô aussi a assemblé des bûches et a puisé du torrent malgré qu'elle était inaccoutumée à ces travaux. Et après, elle passait son temps calmement à lire le livre sacré du bouddhisme.
De l'autre côté, dans la capitale, le ministre, son père est revenu chez lui. Sa femme, Teruhinomaé lui a dit: "Mon cher, je pense que ta fille Chûjô est une femme dissolue. Elle folâtre toujours avec des hommes vils." Son père a reçu son rapport. Il est devenu désagréable. Il a dit, "Chasse-la! Tout de suite! Une femme dissolue n'est plus ma fille!" Teruhinomaé a dit dans son coeur, "Ça y est! J'ai gagné!"
Elle a continué de parler. "Mon cher! Je l'ai déjà fait abandonner dans la montagne par le serviteur. Le ministre, le père a dit, "Parfait! C'est bien. Je ne veux jamais voir son visage!" Le père s'est laissé tromper par les paroles de sa femme.
Quelques jours ont passé, le ministre, son père est allé à la chasse suivi de ses serviteurs. Quand il parcourait dans la montagne avec un arc à la main, il a trouvé une cabane. Il l'a regardée d'un air interrogatif de doute. Et à l'intérieur, il a aperçu une belle lisant un livre sacré du bouddhisme.
- "Oh! Tu es..., tu es...!" Son père a crié avec une surprise.
La princesse Chûjô a tourné sa tête avec étonnement.
- "Mon Dieu! Mon papa! ......" La princesse Chûjô brusquement s'est élancée dans les bras de son père.

Alors, son père a dit:
- "Fais, comme tu voudras! Comme la femme impudique! Tu n'es plus ma fille!"
- "Pourquoi?" elle lui a demandé.
Son père lui a dit un rapport de Teruhinomaé, sa belle-mère.
- "Hélas! Quel malheur! Ce n'est pas vrai!" La princesse Chûjô était au bord des larmes. Elle a commencé à pleurer.
Voilà le serviteur et sa femme qui revenaient de la montagne. Ils lui ont raconté des détails. Son père a dit, "Ah! Pardonne-moi, ma petite. Je vois." Son père l'a serrée dans ses bras.
Ainsi, la princesse Chûjô est rentrée chez elle à la capitale avec son père. Mais Elle n'a jamais voulu voir sa belle-mère, en même temps qu'elle a décidé de se faire bonzesse.
- "Je voudrais devenir l'élève de Bouddha et voir ma mère en mort."
Son père s'est opposé à ce qu'elle a dit. Mais elle n'a pas changé sa décision. Puis, la princesse Chûjô est allée au temple Taima et elle est devenue bonne bonzesse.
- "Aidez-moi à le voir, guidez-moi au paradis, s'il vous plaît."

La nouvelle du retour de la et son père vint aux oreilles de Teruhinomaé. Elle a eu honte qu'elle ait tourmenté la princesse Chûjô et elle s'est suicidée en se jetant dans le puits.

Pendant trois ans, la princesse Chûjô a passé tout le temps en récitant des prières bouddhique avec zèle. Alors, une nuit, deux bonzesses sont arrivées chez elle.
Elles lui dirent:
- "Assemblez tant de fils de lotus qu'on peut en entasser sur le dos de cent chevaux."
La princesse Chûjô a assemblé beaucoup de lotus avec l'aide de son père.
Une soirée, encore, deux bonzesses arrivèrent chez elle. Elles ont commencé de filer des tiges de lotus. Elles ont porté les fils à la fontaine devant le temple et elles les y ont rincées.
A ce moment, les fils de lotus ont aussitôt diffusé une lumière éblouissante. Les fils de lotus avaient été teints de cinq couleurs et brillaient magnifiquement. Deux bonzesses les ont emportés dans le temple et après elles ont commencé à tisser quelque chose sur un métier.

A vue d'oeil, des fils en cinq couleurs se sont changés en un tissu très beau. C'était un tissu éclatant!
La lumière du matin entrait dans le temple. L'intérieur du temple est devenu clair.
- "Mon Dieu! Quelle surprise! Comme c'est joli!" La princesse Chûjô était vraiment émue.
Le tissu luisant que deux bonzesses y ont laissé. Le tissu existait nettement. Il luisait et miroitait au soleil du matin.
Elle trouva les fleurs de lotus blancs et rouges dans les motifs du tissu. Ils sont en pleine floraison. Et dans cet espace, deux célestes jouaient de la flûte en dansant dans les nuages blanches.
Une céleste a donné son regard dans la direction de la princesse Chûjô. Elle l'a regardé avec un sourire.
- "Oh, ma mère!" La princesse Chûjô l'a aperçue.
Ensuite, elle n'avait rien à dire, parce qu'elle était touchée amplement. Elle admirait longtemps dans la lune ce tissu du lotus. La voix de bonzesses se fit entendre.
- "Cela, c'est le pays de Bouddha, le paradis Gokuraku que vous vouliez voir. Là, elle est là, votre mère. Vous pouvez voir votre mère dans le paradis, n'est-ce pas?"
- La princesse Chûjô a dit, "Merci, merci beaucoup de mon coeur."
Puis, elle priait ses mains jointes, récitait des prières bouddhiques dans un recueillement.

Au midi, c'était un jour émaillé de fleurs printanières.
La princesse Chûjô avait 28 ans. Elle attendait que les messagères viennent par le ciel. Par le ciel d'ouest teinté de violet, une lumière l'approchait, et elle lui est arrivée. Bosatsu (Bodhisattva) fut son apparition.
La princesse Chûjô monta vers le ciel en passant l'air embaumée, en traversant des chants de célestes.


bon, je pense qu'il faut plusieurs lectures, et se mettre dans le contexte, bien entendu! c'est tout de même une autre culture!
mais je suis heureuse de la découvrir!!!


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Béa
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MessageSujet: Re: Contes du Japon!   Mer 27 Déc - 22:45

HooOOOOOooo! alors là, inutile de vous dire que je me régale, car en fait, j'en redécouvre!!! ye

Oui, voici en fait un petit conte Zen, que Gougaud avait repris aussi, mais je vous rapporte ici la version courte, (ça fera balalnce avec le premier! hihi!)
car l'Essentiel y est! lisez! c'est savoureux!!!

Les portes de l'enfer et du paradis -

Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin et lui demanda :
- " Y a t-il réellement un paradis et un enfer ."
- " Qui es tu ?" demanda le maître
- "Je suis le samouraï …"
- "Toi, un guerrier ! s'exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t'avoir à son service ? Tu as l'air d'un mendiant."
La colère s'empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :
- " Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête."
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. A ce moment celui-ci dit :
- " Ici s'ouvrent les portes de l'enfer."
Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina et s'inclina.
- " Ici s'ouvrent les portes du paradis. ", lui dit alors le maître.


...que la sagesse nous accompagne! ze

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MessageSujet: Re: Contes du Japon!   Jeu 28 Déc - 0:06

ça a le mérite d'être clair!

j'adore!

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MessageSujet: Re: Contes du Japon!   Jeu 28 Déc - 0:50

Un parfait résumé!!! ze

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Béa
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MessageSujet: Re: Contes du Japon!   Jeu 28 Déc - 1:23

ze héhé! je savais bien qu'il était très parlant, celui-ci!
comme quoi, en quelques lignes ...hop! lut

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Béa
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MessageSujet: Re: Contes du Japon!   Jeu 28 Déc - 2:34

:an: Bon, les Fées! j'ai pô résisté!
j'en ai trouvé un autre, alors je le laisse ce soir. zou

Urashimataro

Il était une fois un jeune homme du nom d'Urashimataro, qui vivait avec sa mère dans un petit village au bord de la mer. Tous les jours il allait à la pêche et ils survivaient grâce aux poissons qu'il capturait. Un jour, bien qu'ayant passé toute la journée en mer, il ne ramenait que trois poissons, et c'est le coeur gros qu'il rentrait chez lui. Sur la plage, un groupe d'enfants s'amusait bruyamment, et Urashimataro, se demandant ce qui pouvait bien les amuser autant, se dirigea vers eux. Les enfants avaient attrapé une tortue et la maltraitaient.

Urashimataro avait bon coeur et il voulait sauver la pauvre tortue, aussi dit-il aux garnements qu'il ne fallait pas faire de mal aux animaux, mais ceux-ci ricanèrent et continuèrent de plus belle. Urashimataro comprit que les enfants ne libéreraient pas la tortue, et décida de l'échanger contre les quelques poissons qu'il avait pêchés dans la journée. Les garnements lui cédèrent la tortue, et il pût remettre la pauvre bête à la mer. Elle partit vers le large et tout en nageant, ne cessa de se retourner pour regarder Urashimataro.

Quelques jours plus tard, Urashimataro pêchait en mer, lorsqu'une grosse tortue apparut près de sa barque. Le jeune homme stupéfait l'écouta :

"Il y a quelques jours, tu as sauvé une tortue; nous te remercions, et comme marque de notre reconnaissance, nous t'invitons au Palais du royaume de la mer. Monte sur mon dos, je vais t'y conduire."

Urashimataro s'installa sur la carapace de la tortue, et ils s'enfoncèrent dans les flots.

La tortue nageait, nageait, et Urashimataro émerveillé regardait les poissons, les algues, tout ces êtres merveilleux vivant au fond de la mer. Ils arrivèrent au Palais, où tout était beau et rare, au-delà de toute imagination. La princesse, la plus belle jeune femme qu'Urashimataro ait jamais vue, l'accueillit et lui dit :

"Je te remercie de m'avoir aidée. Je suis la tortue que tu as sauvée de ces méchants enfants. Je voulais voir le monde du dessus de l'eau et pour ce la je m'étais changée en tortue. Tu m'as sauvé la vie."

Elle lui fit ensuite visiter le Palais, le présenta au roi son père, et lui offrit un véritable festin. Urashimataro vécut ainsi heureux au Palais, tout aux plaisirs de la vie au fond de la mer et avait oublié son village natal et sa mère.

Trois années s´écoulèrent ainsi, comme dans un rêve. Cependant, un jour la princesse emmena Urashimataro dans une pièce où il n'était jamais entré. Par la fenêtre, on pouvait voir le monde du dessus de l'eau. Le jeune homme vit son village natal et soudain tout lui revint en mémoire et il devint nostalgique. Il voulut rentrer chez lui et revoir sa mère. La princesse en était attristée, mais elle ne pouvait pas s'opposer au départ d'Urashimataro; elle lui offrit en souvenir une cassette précieuse et lui dit :

"Si tu te trouves dans une situation difficile, ouvre cette cassette."

Urashimataro remercia la princesse, prit le coffret et s'installa sur le dos de la tortue qui devait le ramener dans le monde du dessus de l'eau.

Une fois arrivé, Urashimataro traversa le village pour rentrer chez lui, et un étrange malaise l'envahit; le village, les maisons, étaient un peu différents de son souvenir, et les gens qu'il rencontraient lui étaient tous inconnus. Lorsqu'il arriva là où il avait vécu, quelle ne fut pas sa surprise! Il n'y avait pas trace de sa maison, rien que des herbes folles.
Il parcourut alors les rues en interrogeant les villageois, mais personne n'avait entendu parler de la maison d'Urashimataro. Enfin, l'homme le plus âgé du village lui dit :

"Urashimataro... Si mes souvenirs sont exacts, c'est ce jeune homme parti en mer et qui n'est jamais revenu. Mais c'est une histoire qui a maintenant trois cents ans, mon garçon!"

Urashimataro comprit alors que les trois ans passés au Palais étaient en fait trois cents années. Il se mit à la recherche de la tombe de sa mère, et trouva également sa propre tombe. Le jeune homme était terriblement triste à l'idée de ne plus jamais revoir sa mère.

Il était malheureux et se trouvait dans une situation difficile, aussi ouvrit-il la cassette que la princesse lui avait offert. Une épaisse fumée s'en échappa et l'enveloppa entièrement, le transformant en vieillard.

Alors Urashimataro devenu très, très âgé se transforma en grue, oiseau dont on dit qu'il vit mille ans, et s'élança dans le ciel.
La grue survola la mer, et alla à la rencontre de son amie la tortue, animal dont on dit qu'il vit dix mille ans, qui venait du Palais.
Des villageois qui se trouvaient sur la plage, les voyant, s'écrièrent :

"Longue vie à la grue et la tortue! Et dix mille ans de bonheur!".



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MessageSujet: Re: Contes du Japon!   Dim 6 Juil - 23:56

flo Une autre version de "L'enfer et le paradis", par Henri GOUGAUD:

Un jour, un fameux samouraï nommé Kasaï, fatigué de risquer partout sa haute et puissante carcasse, se prit à écouter son âme. Et son âme lui dit : « Par pitié, trouve-moi ». Kasaï s’étonna fort : « T’ai-je donc égarée ? Puisque tu sais parler, mon âme, dis encore. Où es-tu ? Réponds-moi et j’irai te chercher - Je suis où est l’enfer. Je suis peut-être aussi où est le paradis. » L’âme lui dit ces mots, puis demeura muette.

Alors Kasaï décrocha son épée et s’en alla sur les routes à la recherche de ces lieux où était son âme. Or, comme il cheminait, il parvint à la ville d’Ise, où était un marché. Un moment il erra parmi les charretées de fruits et de légumes, puis acheta pour quelques sous un bol de riz bouilli et s’assit contre un arbre pour déjeuner tranquille.

Il vit alors passer un homme sur son âne, et soudain reconnut son visage. Il l’avait rencontré un jour, dans la montagne d’Ise où il s’était égaré à pourchasser des brigands.

Cet homme était ermite.

Il avait hébergé le samouraï perdu puis il l’avait remis sur la route de la ville.

ll y avait de cela quinze ans, peut-être vingt. Il n’avait pas changé d’un cheveu, d’une ride. Il s’appelait Hakuin.

Il paraissait heureux. Kasaï laissa sa pitance et de loin le suivit jusqu’à sa maison basse au bord de la forêt qui grimpait vers le brumes.

Il demeura longtemps à l’abri du sous-bois, sans oser s’approcher de la porte.

Au crépuscule enfin il s’en vint sur le seuil, appela : « Maître Hakuin ! »

Il attendit un peu, puis l’ermite apparut, une lampe à la main.

« Que me veux-tu mon fils ?

- Me reconnaissez-vous ? dit Kasaï

- Entre », répondit le vieil homme.

Après qu’ils eurent bu ensemble un bol de thé :

« Maître Hakuin, dit le samouraï, je cherche le chemin du paradis, je cherche aussi celui de l’enfer, car mon âme m’a dit qu’elle était en ces lieux.

Aidez-moi, je ne sais que marcher sans boussole, au hasard. »

L’ermite resta silencieux à contempler son visiteur.

Puis sa figure se fit soudain si sarcastique et méprisante que Kasaï se dressa, le coeur bouleversé et les tempes battantes.

« Qui es-tu donc pour me prier ainsi ? grinça méchamment maître Hakuin.

Un soudard, un brutal, un rustre. Certes, je te connais.

Tu pues autant qu’un fauve. Quinze années sont passées depuis ce jour où par indulgence coupable je t’ai accueilli sous mon toit, mais je n’ai oublié ni ta mauvaise odeur ni ton regard stupide.

Comment l’aurais-je pu ? Tu es ce qui se fait de plus sot en ce monde. Toi, suivre le chemin du Ciel et de l’Enfer ? Plutôt mener un chien à la porte de Dieu ! »

Kasaï pâlit. Son oeil se fit terrible et sa bouche trembla. Jamais aucun vivant n’avait osé l’insulter de la sorte. La fureur tout à coup déborda de son corps. Il empoigna son sabre, à deux poings le leva. Comme il allait l’abattre :

« Ici s’ouvre le chemin de l’enfer », dit maître Hakuin. Il souriait, paisible, à nouveau tendre et simple.

Le samouraï laissa tomber ses bras puis lui sourit aussi, l’air tout illuminé. Enfin il s’inclina devant le vieil ermite.

Alors il entendit au-dessus de sa tête :

« Ici, mon fils, s’ouvre le chemin du paradis. »

C’est ainsi que commença le long voyage de Kasaï à la rencontre de son âme.

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samantha
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MessageSujet: Re: Contes du Japon!   Lun 7 Juil - 12:22

Sage philosophie que ce conte Béa. ze

Nous sommes tous un mélange d'ange et démon, c'est le propre de l'homme.
Croiserons nous un jour un Hakuin pour nous en faire prendre un peu plus conscience?
Et, surtout, aurons nous la sagesse de partir à la recherche de notre âme?

Merci Béa pour ce joli conte. zou
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Béa
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MessageSujet: Re: Contes du Japon!   Mar 8 Juil - 10:44

fleuri merci Samantha!
oui, un vrai conte de Sagesse.... la quête de l'âme, celle de toute une Vie!
les Contes offrent souvent ce Chemin... c'est un vrai, vrai bonheur!

Bizoux! zou zou

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