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 Les contes de la saint-glinglin

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samantha
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Localisation : sud-est
Date d'inscription : 10/05/2006

MessageSujet: Les contes de la saint-glinglin   Jeu 24 Aoû - 15:39

Je n'ai pas pu resister à l'envie que j'ai de vous faire partager ce livre pour enfants (10 ans environ) que j'ai retrouvé.

Les contes de la saint-glinglin de Robert Escarpit.
Ce livre nous explique avec fantaisie et humour d'où viennent nos expressions quotidiennes telles que "la poudre du père Limpinpin" et bien d'autres...

Quand on dit "à la saint-Glinglin", cela veut dire jamais. Savez vous pourquoi?

SAINT GLINGLIN ET LA BELLE LURETTE


De son vrai nom, saint Glinglin s’appelait Galahan O’Galahan. C’était un Irlandais. Il était moine au monastère du bon abbé saint Brandan qui découvrit l’Amérique bien des siècles avant Christophe Colomb. Ayant appris la maçonnerie dans son enfance, il était devenu le tailleur de pierre du couvent. C’est lui qui creusa de ses mains, dans le granit le plus fin et le plus dur, l’auge miraculeuse à bord de laquelle saint Brandan s’embarqua pour aller découvrir l’Amérique. On le considérait comme le plus habile sculpteur de toute l’Irlande. Il faisait des statues, des chapiteaux, des tables, des cheminées. Tout le monde l’admirait beaucoup.

Seulement il avait un grave défaut : il était épouvantablement étourdi. Il oubliait tout, sauf l’heure des repas, et encore c’est parce qu’il avait faim. Il oubliait jusqu’à son nom.

Même dans son métier, il avait des distractions lamentables. Un jour qu’on lui avait commandé une série de statues pour la nouvelle chapelle du couvent, il fit une grande barbe blanche à la Sainte Vierge et, à saint Pierre, il mit un chignon. Or, comme chacun le sait, saint Pierre est complètement chauve. Ce fut un beau scandale dans le chapitre, où les chauves ne manquaient pas. Galahan O’Galahan dut expier son double sacrilège par une pénitence de huit jours au pain et à l’eau.

Le bon saint Brandan, qui l’aimait bien, était fort attristé par ces incartades.

- Mon petit, disait-il, prends garde à ton étourderie. Elle te jouera un mauvais tour.

-Je sais, mon Père, soupirait-il. Je me dis toujours que je vais faire attention, que je vais me rappeler les choses mais cinq minutes après, j’ai tout oublié, j’ai même oublié que je n’ai pas de mémoire !

-Hélas ! mon petit, je crains fort que cette malheureuse infirmité ne t’empêche d’être jamais un saint !

Il faut vous dire qu’en Irlande, à cette époque, tous les gens qui se respectaient finissaient par devenir ou des rois ou des saints. Les autres étaient très mal considérés. C’est bien cela qui faisait souffrir Galahan. Il s’approchait de l’âge où un moine, conscient de ses devoirs, songeait à sa canonisation. Mais allez donc canoniser une tête de linotte pareille ! Le malheureux dépérissait à vue d’œil. Il ne se passait pas de semaines sans qu’il apprit qu’un des ses frères plus jeunes, parfois un de ceux qu’il avait connu moinillon, réussissait à faire son trou dans le calendrier. Chaque fois il passait la nuit en macération et en prières, prenait de bonnes résolutions, jurait qu’il serait moins étourdi. Mais, le lendemain matin, il avait tout oublié.

Un jour saint Brandan lui dit :

- Mon enfant, tu as mauvaise mine. Il faut changer d’air. D’ailleurs les voyages forment la jeunesse et un gamin de soixante ans, comme toi, devrait en tirer profit. Va au port préparer mon auge miraculeuse. Je t’emmène avec moi en Aquitaine.

Saint Brandan avait en effet l’habitude d’aller chaque automne dans le Midi de la France pour y faire sa cure de raisin frais au moment de la vendange. Galahan O’Galahan ne se fit pas répéter deux fois l’ordre de son prieur. Il courut au port et passa l’auge à la pierre ponce afin qu’elle fendit mieux les flots. Sous le banc de granit, il logea le bissac qui contenait son maigre bagage et celui de saint Brandan. Il y ajouta les outils de son art, une gouge et un maillet, pour le cas où il rencontrerait quelque chose de pierre valant la peine d’être taillée.

Un beau jour donc, l’abbé et le moine débarquèrent de l’auge sur les rives de la Garonne. C’était la mi-septembre et les paysans étaient dans les vignes en train de vendanger. A peine débarqué, saint Brandan s’en fut voir son vieil ami, le prieur du couvent de Saint Macaire. Il laissa son auge à la garde de Galahan et, avant de partir, il lui recommanda bien de songer à venir le prendre au couvent un peu avant l’heure de complies.

Il faisait un beau soleil, bien doré. Galahan fit quelques pas le long de la berge parmi les aubiers, puis soupirant d’aise, il s’étendit dans l’herbe. Trois minutes plus tard, il se relevait avec un cri de désespoir. Il avait tout oublié. Mais tout : les recommandations de l’abbé, l’heure où il devait aller le chercher, l’endroit où il avait amarré l’auge… Il avait même oublié le nom du pays où il se trouvait. La tête dans les mains, il se mit à pleurer.

Au bout d’un moment, in léger bruit lui fit lever la tête. Il vit devant lui une petite fille qui le regardait curieusement avec ses grand yeux noirs. Elle pouvait avoir neuf ans.

C’était une très gentille petite fille et elle habitait Saint Macaire, où son papa était tonnelier ; elle s’appelait Lurette. Et comme elle était fort jolie, quand on parlait d’elle on disait « la belle Lurette ». C’est même sous ce nom qu’elle est devenue célèbre.

Entre autres qualités, Lurette avait bon cœur. Elle s’assit à côté du moine.

-Pourquoi pleurez-vous ? dit-elle.

-Je… euh… j’ai oublié, répondit Galahan.

C’était vrai, il avait oublié pourquoi il pleurait. Mais comme Lurette lui avait parlé en français, il s’était ressouvenu qu’il était en France. Cela le consola un peu. Il essuya ses larmes avec la robe de bure ; Lurette sourit.

-Comment vous appelez-vous ? demanda-t-elle

-Galahan O’Galahan

Il faut dire qu’il parlait avec l’accent irlandais, qui tient un peu le milieu entre l’accent anglais et l’accent auvergnat. Lurette compris qu’il disait Glinglin.

-Glinglin, dit-elle, c’est un joli nom. On dirait une cloche du dimanche. La saint Glinglin sera une fête carillonnée.

A ces mots, le malheureux eut une nouvelle crise de larmes. Pressé de questions affectueuses, il finit par expliquer à la petite fille la cause et l’origine de tous ses malheurs.

-C’est une maudite distraction, Lurette, j’ai la cervelle comme une passoire.

-Il faut vous en corriger, Glinglin. C’est une question de volonté.

Elle répétait ce qu’elle avait entendu dire par sa maîtresse d’école. Lurette était très une très bonne élève. Elle entreprit de faire l’éducation de son nouvel ami. Pour entraîner sa mémoire, elle lui apprenait la table de multiplication, la plus difficile, celle de sept.
Pendant tout ce temps que les Irlandais restèrent en Aquitaine, le moine et la petite fille se retrouvèrent matin et soir. Glinglin, puisque c’était son nouveau nom, avait commencé une belle statue de Lurette et, tandis qu’il tapait à grands coups de maillet sur la gouge, ne s’interrompant que pour grappiller un raisin, elle lui posait des colles :

-Sept fois six, Glinglin ?

-Trente six… non, quarante deux, Lurette. Tourne un peu la tête à gauche.

-Sept fois neuf ?

Ça c’était plus dur. Il se grattait la tête d’un air penaud.

-Sept fois neuf ?…Malheur, j’ai encore oublié ! Tu vois, je ne suis bon à rien, Lurette.

-Mais si, Glinglin. Un petit effort, voyons. Sept fois neuf soixante trois. Répétez…

-Sept fois neuf soixante trois. Relève cette mèche de cheveux.

Et ainsi de suite. Quand vint le moment de quitter Lurette et de rentrer en Irlande, Glinglin avait fait des progrès considérables. En fermant les yeux et en serrant les dents, il arrivait à se rappeler les choses quelques fois deux heures de suite. Le bon abbé saint Brandan en fut ravi. Il donna sa bénédiction à Lurette et promit de ramener le moine avec lui l’année suivante.

Pendant toute cette année là, Glinglin fut un modèle d’exactitude et d’attention ; il arrivait à l’heure aux offices. Il rangeait ses outils, le travail terminé, et se rappelait où il les avait mis le lendemain matin. En secret, il avait même appris la table de huit pour faire une surprise à Lurette.

Vint enfin la saison des vendanges. Au moins quinze jours à l’avance, l’auge était prête. Un bon vent poussa saint Brandan et Glinglin vers l’Aquitaine. Par un soir d’or et de pourpre, ils touchèrent la rive. Debout à l’avant de l’auge, Glinglin cherchait Lurette des yeux.

Hélas ! dans les vignes désertes, aucun vigneron ne chantait ; A la chapelle du prieuré, une cloche sonnait le glas. Inquiets, les deux voyageurs mirent pied à terre et montèrent vers le village. A l’entrée du couvent, un moinillon tout en larmes leur conta la triste nouvelle : quelques jours plus tôt, Lurette avait été prise de fièvre et elle était morte le matin même en parlant de son grand ami Glinglin.

On l’enterra dans le jardin du monastère et Glinglin lui fit une belle tombe sur laquelle il plaça la statue qu’il avait exécutée l’année précédente ; Les gens allaient souvent la voir les jours de promenade et y posaient des fleurs.
Elle est restée là pendant des siècles. Elle n’y est plus maintenant, mais elle y est restée si longtemps qu’on a pris l’habitude de la voir ; Si bien qu’aujourd’hui, quand on veut dire qu’une chose est très ancienne, on dit : « il y a belle lurette ».

Saint Brandan abrégea sa visite. Le retour en Irlande fut triste. Glinglin était inconsolable. Un temps, il essaya de se souvenir des leçons que lui donnait sa petite amie ; Mais sa nature oublieuse reprit le dessus. Six mois plus tard, c’est à peine s’il savait encore sept fois deux quatorze. Bientôt, il ne lui resta plus que son chagrin. Il était plus étourdi, plus distrait que jamais, et saint Brandan abandonna toute espérance de le voir canoniser de son vivant.

Il finit par mourir à son tour. Et, là encore, il fut victime de son incurable distraction. On lui avait pourtant bien expliqué le chemin du Paradis. Mais, au moment de partir, rien à faire, il avait tout oublié. Vers le haut ? vers le bas ? à droite. à gauche ? au nord ? au sud ? Perdu dans l’espace immense, il erra des jours, des années, peut être des siècles. Il avait perdu tout espoir lorsqu’un beau matin, au détour d’un nuage, il tomba sur la porte du Paradis. Il sonna. Avec un grand bruit de clefs, saint Pierre vint lui ouvrir. Il le toisa sans aménité.

-Ha, ha ! s’écria-t-il d’une voix aigre-douce. Mais c’est Galahan O’Galahan, l’illustre sculpteur, qui nous fait enfin l’honneur d’une visite. Que viens-tu faire ici, songe creux ? Je te croyais au Purgatoire.

Rien qu’au ton du grand saint Pierre, Glinglin comprit qu’il n’avait pas oublié l’affaire du chignon. Fort géné, il se gratta la tête. Saint Pierre se méprit sur le sens de son geste.

-Quoi ? gronda-t-il. Quoi ? Tête de linotte, tu as le toupet de venir me demander une auréole ? T’imagines-tu que nous manquions de saints au point de prendre des faibles d’esprit, des gâcheurs de pierre, des… des coiffeurs pour dames ?

Il s’étranglait d’indignation. Le pauvre moine ne savait que dire et regardait tristement la pointe de ses sandales quand soudain une voix claire lui fit lever les yeux comme jadis sur les bords de la Garonne.

-Glinglin, enfin vous voilà ! je commençais à m’ennuyer sans vous. Mais maintenant que vous êtes là, vous allez voir comme c’est amusant le Paradis. D’abors, on va vous donner une auréole puisque vous êtes un saint, n’est ce pas bon saint Pierre ?

-Tu connais ce bon à rien, petite ? Eh bien, je ne te fais pas mon compliment. Quant à l’auréole, il peut se brosser, tu m’entends ?

Toute rouge, Lurette tapa du pied :

-Vous êtes un méchant, saint Pierre. Glinglin n’est pas un bon à rien. Seulement il est un peu étourdi. Mais il fait tout ce qu’il peut pour s’en corriger. Il sait la table de sept sur le bout du doigt. Tenez, écoutez : sept fois neuf, Glinglin ?

-Cinquante six, répondit Glinglin en baissant le nez.

-Tu vois, ricana saint Pierre, un bon à rien, c’est ce que je disais… EH là , petite, tu ne vas pas pleurer maintenant.

Lurette était en larmes. Saint Pierre à gauche, Glinglin à droite essayaient vainement de la consoler. Quand elle fut un peu calmée, le porte-clefs du Paradis bougonna :

-Bon, bon, ça va, je vais lui sonner son auréole.

Il fouilla dans un coffre et en tira une vieille auréole dont la dorure commençait à s’écailler.

-Tiens, prends ça, toi. Elle est un peu rouillée, mais tu n’auras qu’à y mettre de l’huile de coude. Tu peux écrire « saint » sur ta carte de visite, animal. Mais c’est bien pour la petite que je fais ça.

Le nouveau saint était radieux. L’auréole était un peu grande, mais il se garda bien de protester ; il lança un sourire de reconnaissance à Lurette. Déjà saint Pierre revenait avec un gros registre.

-Voyons un peu… il faut que je t’inscrive, maintenant. Nous disons, nom et qualité… Saint Galahan… sexe, masculin… Profession… hum, pas sculpteur tout de même… tailleur de pierre… nationalité, irlandaise. Bon. Maintenant, il te faut une fête. Ça va être commode, avec le calendrier chargé comme il l’est ! Enfin, voyons la date de ta mort ?

Saint Glinglin pâlit sous sa nouvelle auréole. Depuis le temps qu’il errait dans l’espcae, il avait perdu le compte des jours et il était bien incapable de dire quand il était mort.

-Je… je ne sais pas, bon saint Pierre.

-Tu ne sais pas ? Et qui va le savoir alors ? C’est tout de même un peu fort ! et ta date de naissance ?

-Je… j’ai oublié, bon saint Pierre

-Tu commences à m’enerver à la fin ! bon sang, quel empoté ! Alors il n’y a plus qu’une solution. Donne moi la date de ton baptême. Vite !

Saint Glinglin resta silencieux. Il avait aussi oublié la date de son baptême. Cette fois, saint Pierre se fâcha tout rouge :

-Comment, mauvais chrétien ? passe que tu oublies ta naissance et ta mort, qui ne sont d’ailleurs pas des événements bien remarquables ; mais ton baptême ! C’en est trop ! Tu as de la chance d’avoir déjà ton auréole. Les réglements ne me permettent pas de te la reprendre, sans cela ce serait déjà fait ! En tout cas pour la fête, tu attendras d’avoir retrouvé la mémoire ! je t’ai assez vu !

D’un geste sec, il referma son registre et, prenant Lurette par la main, rentra dans le paradis, laissant saint Glinglin planté sur le seuil.

-Mais, protesta faiblement le malheureux, quand pourrai-je entrer au Paradis ?

-Le jour de la saint Glinglin, lui jeta saint Pierre en claquant la porte.

Et, depuis ce temps, assis sur un nuage à l’entrée du Paradis, le pauvre saint Glinglin essaie de retrouver le jour de son baptême qui sera aussi le jour de sa fête. Il n’y est pas encore parvenu ; de temps en temps, pour qu’il ne s’ennuie pas, Lurette lui porte un morceau d’étoile qu’il s’amuse à sculpter pour elle. Quand il n’est pas content de son travail, il jette les morceaux par dessus bord et ce sont les étoiles filantes.

Voilà, j'espère que ce conte vous aura plus. J'aime beacoup, même si le bon saint Pierre ressemble à un horrible monsieur, même si l'histoire est un peu triste, je trouve qu'il y a beaucoup à tirer de cette histoire et puis soyons honnête, je sais ENFIN pourquoi on dit " il y a belle lurette" et "à la saint-glinglin"
Bisous à toutes et à tous. zou
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Béa
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MessageSujet: Re: Les contes de la saint-glinglin   Jeu 24 Aoû - 16:22

fe c'est une excellente trouvaille, Samantha!!!
et cette recherche sur les "expressions" toutes faites, par le biais du Conte, est un travail fabuleux!!!!

très interessant à travailler, et voilà qui donne également matière à création pour quelques défis! hihi!!!! ye

si tu en trouves d'autres, je serais fort interessée, car voilà bien un thème à exploiter et rendre à un joyeux public!

Les contes ne sont pas toujours gais, et loin de là, mais comme tu dis, ils évoquent, réveillent, rappellent, ouvrent milles chemins pour chacun, et sont d'une grande richesse!

ros gros merci à toi, ma Samanha! à suivre!!!! oh zou zou zou

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